Immersion dans le Kalahari avec le français Jerry Swift

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La nuit dans le désert de Kalahari (crédits photo : Jerry Swift)

La réserve de faune sauvage du Kalahari dans le centre du Botswana s’étend sur 52000 km2. Cette immense zone aride est traversée du nord au sud par une piste sablonneuse. Il s’agit d’un endroit reculé, sauvage et peuplé d’espèces animales rares comme la hyène brune, le lycaon, le ratel ou encore l’otocyon. Les félins sont aussi présents dans ce désert et je compte bien rencontrer lions, léopards, guépards, servals et autres chats sauvages.

Départ pour l’inconnu

Voilà pourquoi j’ai décidé de m’immerger seul pendant un mois dans ce jardin d’Éden. Entrer en contact avec les animaux du désert est une idée qui m’obsède depuis longtemps déjà et il est temps pour moi de passer à l’action.

Pour cela j’ai chargé mon 4×4 de 300 litres de carburant afin de pouvoir parcourir 2000 km environ, j’ai emporté 400 litres d’eau potable pour boire, cuisiner et faire la vaisselle (pour ce qui est de la douche, j’ai décidé de m’en passer pour la durée de l’expédition), j’ai emporté 2 roues de secours, des mèches pour réparer les petites crevaisons, un compresseur, un cric, une caisse à outils, des plaques anti-ensablement, une pelle, des cartes, un GPS de trekking et tout mon matériel de camping habituel pour vivre décemment pendant cette aventure. Sans oublier suffisamment de nourriture principalement constitué de riz, de pâtes, de flocons d’avoine, de céréales et de boites de sauces diverses.

Évidemment et comme toujours, mes jumelles et mon appareil photo sont à portée de mains.

Dès le départ, devant l’ampleur de l’aventure, je doute. Et si j’avais été trop ambitieux? Et si je tombais en panne?

Cheetah (crédits photo : Jerry Swift)

Sur les pédales, mes pieds tremblent. J’essaye de ne pas y penser et de me concentrer sur ma façon de conduire quand, au bout de 10 minutes seulement, je crève la roue arrière gauche!

Je n’y crois pas, je viens de parcourir seulement quelques kilomètres et j’ai déjà un pneu à plat. Comme, je ne suis pas loin de la ville de départ (Rakops), je décide de revenir en arrière afin de faire réparer cette roue correctement.

Nouveau départ. Pendant la conduite, je reste concentré. Au bout de 2 heures et demi et seulement 70 km, j’arrive au premier terrain de camping perdu en plein bush au bord d’un lit de rivière asséché appelé «Deception Valley».

J’installe ma tente, ma chaise, ma table et tous mes jerricans d’essence sous un arbre. Chaque emplacement de camping est isolé du voisin, ce qui fait que parfois, on ne voit personne pendant plusieurs jours.

Toutes sortes d’oiseaux chantent autour de moi. Ils n’ont pas l’air effrayé et se laissent observer aisément. Pendant ce mois de solitude, ils sont quasiment mes seuls compagnons.

Gonolek rouge et noir (Crimson-breasted shrike) – (crédits photo : Jerry Swift)

Sur les traces des habitants du désert

C’est à partir de là que l’aventure commence vraiment. Chaque matin, je me réveille avant l’aube, avale un petit déjeuné express et parcours le désert à la recherche des animaux sauvages. Dès les premiers rayons du soleil, je sillonne des kilomètres de pistes dans l’espoir de rencontrer le plus d’espèces possible.

Ce lieu unique tient ses promesses. Chaque jour, en plus des nombreux oiseaux du désert, j’observe l’otocyon, ce petit renard aux grandes oreilles qui se nourrit de termites. Je rencontre aussi le ratel, sorte de blaireau africain constamment à la recherche d’invertébrés.

Parfois, j’ai encore plus de chance et je tombe sur une meute de lions. C’est souvent à la tombée de la nuit que je les observe. Il arrive même qu’ils traversent mon aire de camping, celle-ci n’étant pas clôturée. Voilà pourquoi je dois ne jamais m’éloigner de la tente ou de la voiture.

Lion (crédits photo : Jerry Swift)

La hyène brune, elle, ne sort que la nuit venue. Je découvre régulièrement son corps hirsute dans le faisceau de ma lampe frontale. Elle espère sans doute trouver un os ou un bout de gras au bord de mon feu de camp après mon départ au lit. En la regardant, j’ai l’impression de voir une représentation de la bête du Gévaudan.

Il y a aussi des jours exceptionnels où je croise le regard d’un léopard, d’un guépard ou encore du très rare lycaon. Ces moments-là sont uniques et justifient à eux seuls la difficulté d’une telle expédition.

Renard à oreilles de chauve-souris aussi appelé Chien oreillard ou Otocyon (crédits photo : Jerry Swift)

L’expérience de solitude extrême

Jour après jour, je descends plus au sud, le long de cette piste unique. Au moins, je ne risque pas de me perdre, il suffit de rouler tout droit. Il n’y a presque pas d’intersection.

Plus le temps passe et plus le chargement diminue. Moins de carburant, moins d’eau, moins de nourriture soulagent le 4×4 ce qui a pour effet de me rassurer aussi. En effet, tomber en panne ici n’est pas recommandé. Il faut attendre parfois plusieurs jours avant de rencontrer un autre touriste. Ensuite, il faut que celui-ci prévienne les rangers de la réserve qui viendront vous treuiller jusqu’à l’entrée de la zone protégée. Puis, il faudra joindre un dépanneur qui vous ramènera en ville pour effectuer les réparations.

Ratel (crédits photo : Jerry Swift)

Heureusement, mes seuls ennuis de parcours se résument à quelques ensablements dus principalement à mon manque d’expérience. Je me suis aperçu plus tard, que je m’ensablais beaucoup moins dès lors que je compris comment accélérer sur ce type de terrain, comment franchir les zones «molles».

Parfois le long de la piste, il m’arrive de croiser des carcasses de voitures calcinées. Ce n’est que bien plus tard, qu’un ami guide de safari m’expliquera qu’il s’agit de touristes ayant été surpris par un immense incendie quelques années auparavant !

Un mode de vie

Chaque soir, après une journée de recherche animalière, je contemple la voie lactée. Ici, aucune pollution lumineuse n’est à déplorer. J’avais oublié à quel point un ciel nocturne pouvait être aussi beau!

Au loin, les rugissements des lions se font entendre puis le silence prend place. Je suis à l’écart de la civilisation, privilégié. A cet instant précis, j’ai même la sensation d’être seul au monde.

Cette aventure se transforme petit à petit en mode de vie. J’ai pris mes marques et j’ai dorénavant l’impression qu’il s’agit pour moi de journées normales. Vivre en solitaire au milieu du désert et entrer dans l’intimité d’espèces discrètes est devenu mon quotidien.

Se retrouver le soir auprès du feu et manger une ration de féculent sous le regard envieux de la mystérieuse hyène brune fait partie de mon emploi du temps.

hyène brune (brown hyena) – (crédits photo : Jerry Swift)

Même les côtés négatifs de l’expédition ne me posent plus vraiment de problème. La nuit, la température devient négative. Jusqu’à -8°C pour la nuit la plus froide! Mais avec mon sac de couchage adapté aux grands froids et mes nombreuses couches de vêtements, je résiste très bien. Le fait de devoir faire ses besoins dans un trou préalablement creusé est vite devenu une habitude. Il faut surtout rester sur ses gardes car l’arrivée impromptue d’un lion est toujours possible. Enfin, ne pas se laver pendant un mois est sans doute ce qu’il y a de plus contraignant. Mais ne partageant ma tente avec personne ce n’est pas vraiment gênant. De plus, à ma grande surprise, je trouve que je ne sens pas tellement mauvais, j’ai l’impression de sentir le bush: un mélange de sable, de bois mort et d’herbes desséchées.

C’est surtout le retour à la civilisation qui a été dure! Retrouver le monde, le bruit, la pollution et surtout l’absence de mes amis les animaux a été très contraignant. L’immersion dans le
Kalahari fut une aventure qui m’a marqué à tout jamais. Expérimenter un tel degré de solitude et une telle proximité avec les espèces sauvages est un privilège que peu d’humains ont la chance de vivre.

Hornbill (crédits photo : Jerry Swift)

Aujourd’hui encore, je rêve souvent de me retrouver sous ma tente, dans ce désert perdu, entouré de 1000 créatures mystérieuses et de m’endormir paisiblement.

Texte de Jerry Swift

Bio de Jerry Swift

Jerry Swift est un naturaliste, photographe et réalisateur de films animaliers qui passe sa vie à rencontrer des animaux sauvages dans le monde entier dans les endroits les plus reculés.

Dans les forêts tropicales, les déserts, les savanes, les montagnes, les océans et les côtes maritimes, Jerry approche toutes sortes d’espèces pour le plaisir rare de les observer et simplement d’être avec elles.

Jerry éprouve ainsi une vraie liberté en passant son temps auprès des animaux sauvages.

Crédits photo : Jerry Swift

Pour en savoir plus

Retrouvez toutes les infos voyages de Jerry Swift sur son site https://meetwildanimals.com

Retrouvez Jerry Swift sur Facebook en cliquant ici.

Les livres de Jerry Swift

  

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