Une odyssée en Patagonie d’Inti SALAS ROSSENBACH

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Sur ces eaux rudes, contre les vents, contre la pluie et le froid, avec la solitude et les doutes pour compagnes, ils n étaient que deux, en et en autonomie. Il en a ramené l impression d être encore trempé, et une histoire. Il a voulu qu elle soit entière, cette histoire. Qu elle embarque tout ce qui a vécu en lui et autour de lui, au-delà de la seule narration des péripéties d une expédition. L histoire des contrées qu ils ont parcourues, et celle des Amérindiens qui les peuplaient ; ses sensations, parfois déroutantes ; la mise en perspective de tout le vaste monde dont il s était éloigné ; les imprévisibles rencontres que seul offre le grand Sud ; les souvenirs réels ? d une femme qui hanta son esprit comme les tempêtes obscurcissaient le ciel… autant d îles qui, peu à peu, ont dessiné l archipel qu est devenu le roman de son voyage.

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Premières pages du livre

Sortir. Quatre-vingt-quatorzième jour de l’expédition. Nous cherchions à échapper au Golfo de Penas et le temps venait à manquer, je commençais à le compter. Mais au réveil, je m’apprêtais à laisser filer cette nouvelle journée, sous la tente. Dehors, les éléments poursuivaient leur offensive : bourrasques, rafales, pluie torrentielle, mer démontée. Notre équipe à terre nous avait annoncé cinquante nœuds de vent dans l après-midi. « N’y allez pas » avaient été leurs mots, et jamais ils n’avaient été si catégoriques. Alexandre, mon coéquipier, s’était levé. Pour tenir notre décision, il fallait y aller, il avait raison. Nous ne devions pas mollir, et continuer à nous réapproprier notre voyage. Un bras de mer à franchir, après ce devait être plus calme. Nous devions quitter le Golfe, et retrouver les longs et étroits fjords de Patagonie, nos archipels connus. J’hésitai face à l’état de la mer, quelque chose ne me plaisait pas. Mais comme je ne réussis pas à savoir quoi, nous y sommes allés. Ce fut l’une de nos plus intenses navigations, à la limite du possible. Je n’avais jamais vu une mer dans un tel état. Elle était marbrée, rayée, scarifiée d’embruns terrassés par le vent qui les renvoyaient à l’eau brutalement, juste après les en avoir arrachés ; ils se traînaient alors en zébrures irrégulières et mouvantes, presque douces. C’était rude, violent, et beau. Une fois la traversée réussie, la situation s apaisa, le relief nous abritait du vent de la haute mer. Mais toujours nous naviguions entre les williwaws, et, malgré leurs dangers, nous étions heureux de retrouver ces diables de vents en lieu et place des déferlantes du Golfe. À plusieurs reprises, nous avons dû nous mettre en radeau pour subir le passage d un grain. Ils arrivaient brusquement, peut-être d’un nuage un peu plus gris que les autres, ou un peu plus grand, plus lourd, je ne sais plus, je n’ai jamais su ; ils arrivaient, mais je ne les voyais pas venir. En quelques instants un vent coupant nous battait violemment le visage et les gouttes de pluie filaient à l’horizontale. Nous nous accrochions alors à nos kayaks, chacun à celui de l autre, dérivant en faisant le gros dos. En nous tenant bien fort nous riions de retrouver l’action, la vie, l aventure, et de faire face plutôt que de nous planquer comme des raisonnables. Ce même jour, dans un canal dont j’ai oublié le nom tellement nous l’avons vite parcouru, poussés par le vent, j’ai à nouveau vu, senti sur mon visage, une très étrange mer. Elle était telle que j’imagine un paysage lunaire. Une fine couche d’embruns vaporisés la tapissait, et aplatissait curieusement les vagues. Elle semblait couverte d’un nappage blanc qui ondulait comme les draps d’une furieuse nuit de noces. Elle était si belle, cette mer ; j’aimerais pouvoir prêter mes souvenirs.

A propos de l’auteur

isrninja[1]L’auteur, Inti SALAS ROSSENBACH, vit à Paris. Après des études de physique fondamentale, il travaille dans le domaine de la cryptographie appliquée. En 2008, une de ses nouvelles devient son premier court-métrage, Le Goût des conventions, financé par la région Pays-de-Loire. Puis viendra Lo que importa Parábola frutal, court-métrage écrit, produit, joué, et tourné à deux, qui a remporté en mars 2008 le premier prix du festival international Arte en vidéo. Il écrit et publie d’autres nouvelles, d’autres scénarios, et publie des articles dans des revues. C’est de son père, qui a été charpentier syndicaliste sur des cargos, et de ses navigations de jeunesse en Bretagne qu’il tient son amour de l’océan et une insatiable curiosité pour le blanc des cartes. En 2009, après deux années de préparation, il part plus de cinq mois en Patagonie avec un coéquipier pour réaliser une expédition en sur les mers australes, en autonomie. Plus de six cents milles nautiques plus tard, il rentre avec les idées de ce qui deviendra un récit de voyage : Une odyssée en Patagonie.

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Fondateur du site Un Monde d'Aventures, je suis un passionné des grands espaces sauvages et des mondes polaires. J'ai réalisé plusieurs raids autonomes au Groenland et en Laponie. J'aime partager ma passion à travers ce site. Voir tous les articles écrits par François - En savoir plus sur François

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