Une descente de la Dordogne en Canoë … Une micro aventure au pied levé et à bout de bras !

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Une descente de la Dordogne en Canoë … Une micro aventure au pied levé et à bout de bras !

Un récit de Stéphane Nedelec

A force de me voir partir pour des périples aussi variés que courir dans le désert ou sur la banquise, traverser l’Atlantique à la rame ou encore découvrir en famille, en mode road trip, des pays comme le Cambodge, le Cameroun ou les Etats-Unis, toute la famille est devenue adepte de la grande comme de la micro aventure. Après avoir, entre autres, gravis le Mont Cameroun (4 000 m) ou réalisé un trek dans le Grand Canyon, cette année, Anne-So, mon épouse, Quentin, Théo, Romane, nos trois enfants et moi, avons décidé de découvrir la Dordogne en Canoë.

Crédits photo : Stéphane Nedelec

Faute de temps à y consacrer, à quelques semaines du départ en vacances, nous n’avions encore rien prévu. Une seule solution, nous déclenchons un conseil de famille un dimanche après-midi. Un seul ordre du jour : qu’est-ce qu’on fait pour les vacances ?!

Avec peu de temps pour préparer, impossible d’imaginer un long périple dans un pays étranger comme nous les aimons. Mais l’idée de faire 3 semaines de plage ne nous emballe pas non plus.

Plusieurs idées émergent : une semaine de découverte à vélo au Portugal, un stage de kitesurf quelque part sur la côte atlantique, … Ce sera la descente de la Dordogne en Canoë. Rapidement, nous établissons le parcours et travaillons à l’organisation. Nous optons pour un parcours de 112 km entre Argentat et Cénac-Saint-Julien que nous devrions pouvoir parcourir en 5 jours et demi.

L’organisation de ce nouveau périple n’aura jamais été aussi simple. Il y a plus de vingt ans, j’avais fait ce type d’aventure avec 2 copains d’école. Nous nous étions arrêtés chez un loueur au hasard et avions monté le parcours de toutes pièces avec lui. Aujourd’hui, de nombreux loueurs de canoës proposent des parcours et vous pouvez réserver sur Internet. Presque trop facile… J’ai quand même appelé le loueur pour m’assurer que tout était OK après ma réservation et même la veille de notre arrivée sur place. Nous ne sommes pas habitués à ce qu’on nous mâche le travail comme cela.

Pour laisser un peu de part au hasard, nous ne prenons pas en compte les conseils du loueur de prévoir nos étapes à l’avance et de réserver les places au camping qui longe le fleuve. Nous ambitionnons de monter un bivouac sauvage tous les soirs. L’idée est de profiter pleinement de la nature et de la beauté des sites dans des endroits privilégiés parce que peu accessibles par la route.

Le 11 août, après une longue route, nous passons chez le loueur pour vérifier le matériel : 2 canoës 2 places, 1 canoë kayak 1 place, 5 grands bidons étanches, 3 tentes 2 places. Tout est prêt. Demain matin, rendez-vous 8h30 pour transvaser nos affaires dans les bidons étanches et faire les 3 heures de route pour rallier le point de départ.

Dans le minibus qui nous nous emmène, je sens comme une légère appréhension chez les enfants. Mais je ne sais pas dire s’il s’agit de la peur de s’ennuyer à ramer sur un canoë plusieurs heures par jour ou plus horrifiant encore, celle d’être sans wifi pendant 5 jours !!!

Il est midi, nous sommes équipés, les canoës sont chargés, alors c’est parti ! Nous sommes détendus. Il n’y a que peu de règles à connaître en canoë :

  1. Porter son gilet de sauvetage
  2. Ramer en cadence pour avancer droit, le rameur de derrière étant chargé de faire gouvernail avec sa rame pour redresser l’embarcation
  3. Anticiper les obstacles pour prendre le temps de les contourner
  4. S’écarter des pêcheurs et être discret au moment de les passer (il y a de la place pour tout le monde)
  5. Evidemment, respect total de la nature : on ne jette rien, on ne casse rien, et même on ramasse quand on voit des déchets qui traînent

Voilà, rien de très contraignant en fait !

Je suis rapidement impressionné par la dextérité des équipages. Pour ce premier jour, la mère et sa fille partagent le premier canoë, les 2 frangins le deuxième et j’ai pris le kayak. L’idée est de changer à chaque étape de toute façon.

Crédits photo : Stéphane Nedelec

Après une petite heure un peu chaotique, tout le monde avance droit, il fait beau, tout va bien !

Nous profitons des paysages magnifiques dans cette partie de la Dordogne encore sauvage, peu habitée. Même si à cette époque de l’année, de nombreux vacanciers viennent s’essayer au canoë pour une demi-journée, nous ne croisons que peu d’êtres humains. Cela nous donne un vrai goût d’aventure à la manière des trappeurs. ce petit côté « Davy Crocket » nous plait beaucoup. Tout est paisible et notre progression est bonne.

Crédits photo : Stéphane Nedelec

En fin de journée, nous commençons à chercher l’endroit idéal pour la nuit. Nous finissons par trouver l’endroit parfait : de l’herbe pour installer les tentes et une plage de galets bien à l’abri pour parquer les canoës et même faire le feu en toute sécurité.

La journée s’est bien passée, il fait beau, nous ne sentons pas encore les courbatures. Bref, nous sommes heureux de partager ces moments dans cet endroit superbe. Mais ça n’allait pas durer.

A minuit, un orage terrible nous réveille. On a l’impression que la foudre tombe tout autour de nous. Les éclairs illuminent le ciel et même l’intérieur des tentes. C’est beau mais aussi assez effrayant. Ma crainte principale est de savoir si les tentes vont résister à ces trombes d’eau. Nous sommes loin de tout et je nous vois déjà collés les uns contre les autres sous une bâche de fortune faite avec ce qu’il resterait des toiles de tente, grelottant de froid en attendant que ça s’arrête. Heureusement, les tentes ont tenu et l’orage a fini par s’arrêter, nous octroyant quelques heures de vrai repos.

La nuit étant ce qu’elle a été et les efforts de la veille font que nous levons un peu fourbu. La mise en route est laborieuse. C’est normal pour un lendemain de premier jour et personne ne se plaint. Théo, lui, a passé une nuit tranquille, il n’a pas entendu l’orage : incroyable !!

Crédits photo : Stéphane Nedelec

Première épreuve de la matinée : repliage des tentes. Comme elles sont mouillées, c’est un vrai plaisir…mais nous finissons par faire le nécessaire. Nous chargeons les canoës et c’est parti pour le jour 2.

Comme la veille, nous progressons bien, même un peu plus vite que prévu. Le soleil a du mal à se montrer, mais il ne pleut pas… encore, c’est déjà cela. Comme nous avançons bien, nous décidons de nous arrêter dans le premier village croisé pour prendre un bon petit déjeuner et faire quelques courses pour les repas du jour. Au moment de repartir, la pluie annoncée arrive. Nous restons bloqués sous une tonnelle installée opportunément au bord de la Dordogne pendant près de 2 heures. De quoi nous mettre en retard sur le programme.

Vers 12h, la pluie cesse et nous pouvons reprendre nos embarcations et repartons à l’assaut des kilomètres à rattraper. Le soleil ne se montrera pas de la journée. Comme nous n’avons pas froid pour autant, nous en profitons pour ramer, ramer et ramer.

En début de soirée, nous peinons à trouver un endroit tranquille pour le bivouac. Nous passons à côté d’une île, mais comme il ne fait pas encore nuit, nous décidons d’aller un peu plus loin. Erreur ! Il se remet à pleuvoir dru. Nous faisons demi-tour sur quelques centaines de mètres pour accoster sur cette île où nous nous arrêterons finalement pour la nuit. Le montage des tentes sous cette pluie froide ne restera pas le meilleur souvenir de la traversée. En revanche, la baignade sous cette même pluie nous a fait beaucoup rire.

Tout est trempé, impossible de faire du feu ce soir-là ! Au menu, ce sera donc raviolis et chili con carné en boîtes de conserve…froids. Comme il n’y a rien d’autre à faire, nous en profitons pour nous coucher de bonne heure, en priant pour que le beau temps soit de retour demain.

Et c’est le cas ! Ça change tout.

Crédits photo : Stéphane Nedelec

Nous repartons pour ce troisième jour avec un moral au top. Il fait beau et chaud. Nous multiplions les baignades pour nous rafraîchir, notre technique de rame se perfectionne et nos muscles sont maintenant aguerris. Avec le retour du soleil, nous profitions encore plus des paysages. Au fur et à mesure de notre progression, les bords de la Dordogne se peuplent peu à peu.

Près des villes, nous croisons quelques canoës. C’est le loisir incontournable pour les touristes qui viennent séjourner près de la Dordogne pour les vacances. S’ils viennent perturber la sérénité des lieux, nous avons la satisfaction de constater que nous allons beaucoup plus vite que tout le monde. Pas de doute, nous avons fait de gros progrès : chaque coup de rame est plus efficace et surtout, nous allons tout droit. Le maniement d’un canoë n’est pas très compliqué mais il faut quand même maîtriser la direction pour éviter d’avancer en zigzag, ce qui nous aurait fait faire beaucoup plus de distance…

Au soir de ce troisième jour, nous passons la grande ville de Souillac. Ce qui veut dire que nous avons ½ journée d’avance. Et comme les bonnes nouvelles s’enchaînent, nous trouvons l’endroit parfait pour le bivouac. Du sable au sol pour les couchages et la plage de galets pour le matériel et le feu de camp. Nous prenons le temps de nous baigner, de faire un peu de lessive (pas du luxe après trois jours dans la nature).

Crédits photo : Stéphane Nedelec

En faisant chauffer le repas du soir, une boîte de conserve est tombée dans le feu. On ne s’est pas affolé, pensant même qu’elle chauffera plus vite. En fait, nous aurions dû peut-être réagir. La boîte a littéralement explosé. Nous avons été couverts d’épinards. Heureusement plus de peur que de mal, à part une ou deux brûlures légères. Nous retiendrons la leçon pour nos prochains périples.

La météo étant avec nous, la nuit se passe bien. Tout le monde est en forme pour le départ du 4ème jour. Nous continuons à profiter des paysages, des baignades, des petits rapides que nous devons affronter en essayant de ne pas chavirer. Bien que nous prenions notre temps, nous accentuons notre avance. A ce rythme, nous devrions faire notre dernier bivouac ce soir à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée.

Nous avons pris l’habitude aussi de ramasser les quelques déchets qui s’accumulent à certains endroits. Nous avons la satisfaction de constater que la Dordogne est une rivière très propre. Nous avons rattrapé une touriste anglaise qui avait jeté son mégot de cigarette par-dessus bord pour lui expliquer notre façon de penser. Mais à part cela, les personnes que nous avons croisées étaient très sympathiques.

Nous avons mis du temps à trouver l’endroit idéal pour le dernier campement de notre expédition. Nous nous arrêtons à plusieurs endroits, mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas : que des galets, impossible de planter la tente, un champ parfait mais il y a au moins 50 vaches qui nous observe, un espace dégagé dans un petit bois infecté de moustiques. C’est finalement en discutant avec un pêcheur qui nous donne un bon tuyau : un endroit parfait un peu en hauteur que nous n’aurions jamais pu voir depuis nos canoës.

A l’arrivée au lieu du bivouac, les rôles de chacun sont maintenant parfaitement établis, chacun sait ce qu’il a à faire. En particulier ce soir-là, nous le montons rapidement. La nuit ne devrait plus tarder à tomber. Nous déchargeons les canoës tous ensemble, les garçons les retournent pour qu’ils se vident pendant la nuit. Quentin et moi montons les tentes pendant que Romane et Anne-So sortent les affaires des bidons. Théo s’occupe du feu pour faire chauffer notre nourriture du soir.

Crédits photo : Stéphane Nedelec

Nous profitons pleinement de ce dernier soir. Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de notre point d’arrivée que nous allons rallier avec une journée d’avance sur le programme, sans forcer.

Nous nous remémorons tous les bons moments : les paysages magnifiques, les jolis villages traversés, les baignades, les rires. La pluie du début n’est déjà plus qu’un mauvais souvenir. Passer quelques jours en pleine nature sans réelle contrainte de temps est un vrai bonheur. En famille, tous les 5, de surcroît ! Pour se retrouver et se ressourcer, c’est idéal. Je me demande si cela ne devrait pas être remboursé par la sécurité sociale…

Crédits photo : Stéphane Nedelec

Quant aux embarcations, tout le monde a préféré le kayak au canoë. Mais nous convenons tous que d’être 2 par canoë est quand plus sympa.

Nous nous couchons un peu plus tard que d’habitude, comme pour faire durer le plaisir.

Le lendemain, à peine reparti, le GPS nous annonce le 100ème kilomètre que nous accueillons avec des cris de joie.

2 petites heures plus tard, nous atteignons Cénac-Saint-Julien… Fin du périple ! Mission accomplie ! Magnifique balade sur la Dordogne !

Le sourire aux lèvres et la tête pleine de souvenirs, nous reprenons la voiture, une autre destination nous attend…

www.stephane-nedelec-aventure.com

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