Le français Jerry Swift réalise en duo le passage du cap Horn sur le Sonabia

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Jerry Swift est un naturaliste, photographe et réalisateur de films animaliers qui passe sa vie à rencontrer des animaux sauvages dans le monde entier dans les endroits les plus reculés.

Dans les forêts tropicales, les déserts, les savanes, les montagnes, les océans et les côtes maritimes, il approche toutes sortes d’espèces pour le plaisir rare de les observer et simplement d’être avec elles.

Jerry éprouve ainsi une vraie liberté en passant son temps auprès des animaux sauvages.

Il revient ci-dessous sur son passage du cap Horn qu’il a réalisé en décembre 2018, en duo à bord du Sonabia

Texte de Jerry Swift

Le mythique cap Horn, le point le plus austral d’Amérique du Sud, fait autant peur que rêver. Ce mont déchiqueté de 425 mètres d’altitude fait face au passage de Drake au niveau des cinquantièmes hurlants.

En décembre 2018, je rencontre par hasard Eric à Puerto Williams, ville principale de l’île Navarino, à l’extrême sud du Chili. Il est propriétaire d’un voilier de 10,50 mètres baptisé le Sonabia. Eric s’apprête à franchir le cap Horn dans les jours qui viennent. Il attend juste la bonne fenêtre météo car dans cette partie du monde, les tempêtes sont fréquentes et violentes.

Eric me propose de l’accompagner dans cette traversée. Il me promet une expérience inoubliable et une immersion dans une zone très sauvage.

Curieux et excité, je prends rapidement la décision d’embarquer sur le Sonabia. Et seulement quelques jours plus tard, nous prenons la mer en direction du cap.

Eric m’inspire rapidement confiance. Il vit sur son bateau qu’il connaît par cœur. Il est méticuleux dans chacun de ses gestes et quand il parle, il va à l’essentiel. Il est surtout un expert en météo et pour franchir le cap Horn, c’est une qualité indispensable. En effet, durant notre traversée, plusieurs coups de vent se produiront et nous devrons alors nous abriter dans des criques pour nous en protéger. Par conséquent, nous ne disposerons que de quelques heures pour franchir le cap Horn entre deux tempêtes.

Partis de Puerto Williams, nous passons la première nuit dans le port du petit village de Puerto Toro, la localité la plus australe du continent sud-américain. Dès le lendemain, nous faisons route plus au sud afin de mouiller dans la crique Martial, située à 10 milles nautiques du cap Horn. Nous devons patienter 24 heures car une nouvelle dépression est arrivée avec des bourrasques de 40 nœuds.

Pendant une courte accalmie, Eric et moi débarquons sur la plage voisine, située à 200 mètres, à l’aide d’un petit Zodiac. Avec mes précieuses jumelles j’observe des oies, des cormorans, des sternes et des caracaras. Mais, en quelques secondes, le ciel s’assombrit au loin et le vent forcit. Eric m’informe qu’il faut revenir sur le voilier immédiatement. Cinq minutes plus tard, nous sommes déjà à bord, le Zodiac dégonflé et plié dans la soute du Sonabia. De l’intérieur du cockpit, nous assistons à une nouvelle tempête.

Le lendemain matin, le vent a baissé, comme l’indiquaient les prévisions météo. Nous levons l’ancre. Nous disposons d’environ cinq heures pour passer le cap Horn avant qu’une autre tempête approche.

Au vu des courants marins et du sens du vent, Eric décide de franchir le cap d’ouest en est. Selon lui, la mer est relativement calme. La houle me paraît quand même importante. J’ai l’impression d’avoir devant moi un paysage vallonné constamment en mouvement. Quand le bateau plonge dans un creux, il arrive même que je n’aperçoive plus les montagnes environnantes. Au-dessus du voilier, des albatros à sourcils noirs dansent dans le ciel. Ils utilisent ces vents incessants pour planer sans effort.

Je suis impressionné par la puissance monstrueuse de tout ce qui m’entoure. C’est comme si nous naviguions sur un océan rempli d’une prodigieuse énergie, prêt à exploser à tout moment. Soudain surgit une évidence : ce voilier, bourré d’appareils de mesure, parfaitement adapté à ces conditions difficiles, piloté par un expert, pourrait être anéanti d’une seule vague. C’est la nature qui commande, qui décide de nous laisser passer ou non. Je compare ce petit voilier à l’humanité toute entière, à la merci des éléments malgré son intelligence et sa maîtrise de la technologie. Quelle erreur immense est la nôtre quand nous croyons pouvoir dompter l’environnement, nous affranchir de ses lois. En toutes circonstances, nous dépendons de lui.

Moi qui pensais que franchir le cap Horn serait surtout une belle occasion de rencontrer des manchots et des albatros, je reçois une formidable leçon d’humilité.

J’ai le sentiment que les côtes déchiquetées, l’océan et les vents me mettent en garde : « Ne maltraite pas la nature, car elle peut te maltraiter bien plus encore ! »

A peine nous éloignons-nous du cap Horn que la tempête revient, plus tôt que les bulletins météo ne l’avaient prévu. Eric doit augmenter la vitesse pour ramener le Sonabia à l’abri dans la crique Martial. Des vagues noires de plus en plus grosses poussent le bateau par l’arrière. L’océan nous chasse de ces lieux inhospitaliers, comme s’il nous signifiait que nous n’avons pas notre place ici ; alors que dans le ciel, les albatros semblent se jouer de ces conditions extrêmes.

Nous jetons l’ancre juste à temps dans la crique. Les vents se mettent à hurler et le voilier est secoué de toutes parts. Nous devons attendre à nouveau 24 heures que les conditions redeviennent favorables, afin de retourner à notre point de départ : Puerto Williams.

Cette expédition m’a changé à tout jamais. Immergé dans ces éléments déchaînés, je me suis senti minuscule, insignifiant, inutile.
Le cap Horn, ce rocher du bout du monde témoin de tant de tempêtes, était là bien avant nous et le sera encore longtemps après le passage de l’homme sur la terre.

Texte de Jerry Swift

A ceux qui veulent vivre une telle expérience, je conseille de contacter Eric, le skipper du Sonabia :

Bio de Jerry Swift

Jerry Swift est un naturaliste, photographe et réalisateur de films animaliers qui passe sa vie à rencontrer des animaux sauvages dans le monde entier dans les endroits les plus reculés.
Dans les forêts tropicales, les déserts, les savanes, les montagnes, les océans et les côtes maritimes, il approche toutes sortes d’espèces pour le plaisir rare de les observer et simplement d’être avec elles.
Jerry éprouve ainsi une vraie liberté en passant son temps auprès des animaux sauvages.

Pour plus d’informations au sujet de Jerry Swift :
https://meetwildanimals.com

Les livres de Jerry Swift

  

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Fondateur du site Un Monde d'Aventures, je suis un passionné des grands espaces sauvages et des mondes polaires. J'ai réalisé plusieurs raids autonomes au Groenland et en Laponie. J'aime partager ma passion à travers ce site. Voir tous les articles écrits par François - En savoir plus sur François

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