Camille nous fait revivre la 11e édition du Festival du Film d’Aventure de La Rochelle 2014

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Tous les crédits photos : Camile Alézier

Camille, notre envoyée spéciale au festival du film d’aventure de La Rochelle, du 19 au 23 Novembre 2014, nous fait revivre le festival de l’intérieur.

Un mois plus tard : un festival toujours vivace

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Les chemins qui mènent à l’aventure sont infinis. L’aventure elle-même se travestit selon les cœurs. Chacun de nous la lorgne du coin de l’œil mais toujours à sa façon, avec son petit bagage, sa classe sociale, son héritage et tous les déboires de son existence. Il y a donc autant d’aventuriers que d’aventures. Il y en a des individualistes, d’autres plutôt artistes, y’en des gauchos et des bricolo, des poètes et des furieux, des utopistes, des égoïstes …

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Toujours fascinée par ces êtres sculptés et impénétrables, je me suis à nouveau rendu au festival du film de La Rochelle, à l’occasion de sa 11ème édition. Là-bas, je me suis rassasiée, inlassable, de ce déferlement de rêves fantastiques et j’en ai profité pour comprendre un peu mieux cet étrange concept d’aventure. Un mois après, les questionnements et les émotions soulevés à cette occasion persistent. Il n’y a rien d’éphémère dans l’aventure : lorsqu’elle vous trotte dans la tête, difficile de s’en défaire …

L’exploration d’une société en transition

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Un des petits favoris du festival, Gold of Bengal, fait le buzz en ce moment. Son principal protagoniste, le jeune ingénieur Corentin de Chatelperron, tente l’expérimentation des low-technologies pour vivre en autonomie, en mer, sur son petit voilier uniquement construit en composite de fibre de jute. Ce périple rejoint celui de la jeune famille Artero (Autarcies) qui sillonne les Pyrénées en tandem, d’écovillage en écovillage, ou encore celui de ces marins fous, absolument pas marins d’ailleurs mais prêts à le devenir, qui, chapeautés par leurs deux capitaines, Éric Bellion et Pierre Meise, décident de courir la fabuleuse « Sydney-Hobart ».

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On parle là d’aventures extraordinaires par leur projet radical et engagé. L’aventure ne se construit pas pour eux à la force des muscles mais dans la volonté de participer au monde. Bien conscients de la nécessité urgente de changement de nos sociétés, ils s’inscrivent dedans et expérimente ce dont ils rêvent : le pari de l’intelligence mutuelle, de la collectivité, de la fin de l’ère de consommation pour une vie meilleure, plus sobre, et plus heureuse. Car penser une transition est une chose, en faire sa propre aventure et rencontrer alors la multitude d’aventures parallèles qui suivent le même cheminement, en est une autre.

Aventures de conquête

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D’autres pourtant ne s’attardent pas à observer la fragilité du vivant et ne tentent pas de politiser l’aventure. Ils attaquent les montagnes par la force et l’acharnement. Sur le Cerro Torre (Cerro Torre, pas l’ombre d’une chance) en Patagonie, défilent perceuses et piolets pour soumettre ce pic aux prouesses dont les êtres humains se réclament. Pour David Lama, grimper en libre sur le Cerro Torre, c’est « faire ce qui pour les autres n’est simplement pas possible ». La performance est donc clairement sous-jacente quand le grimpeur prodige, adepte de la résine, se veut en un clin d’œil alpiniste. Cette volonté de domination d’un milieu naturel, sans apprentissage et avec peu d’humilité, ne peut que crisper le spectateur. Certes le film met en scène la ténacité du jeune homme qui ne se décourage pas après des échecs cuisants, mais on peine à comprendre la finalité de cette obstination.

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Pierre Mazeaud a éveillé chez moi un sentiment assez semblable d’incompréhension. La violence de la démarche de conquête et de compétition de cet homme politique alpiniste est flagrante. L’alliance entre la politique, régulé par l’attraction du pouvoir, et cette défiance des sommets n’est finalement pas si étonnante. En grimpant l’Atacuba, sommet vierge sur lequel il plante son piolet pionnier, P. Mazeaud cherche à être le premier, « à se dresser debout, là où personne n’a jamais été ». Il cherche aussi à s’inscrire dans l’histoire, raison qui par ailleurs, mène de nombreux hommes en politique. Dans le film Pierre Mazeaud, la vie en face(s), énième portrait d’alpiniste par Gilles Chappaz, on découvre un monde qui a peu affaire à la montagne. Il s’agit uniquement d’affaires d’hommes : stratégies de pouvoir, affrontement entre chamoniards et parisiens, conquête et démonstration de virilité. Les femmes ne sont évoquées qu’en objets de désirs et la montagne se surimpose étrangement à cette métaphore : elle est un terrain de chasse pour l’affirmation des démonstrations de force et de résistance de chacun. Avec le temps, cette soif s’émousse. Pierre Mazeaud se satisfait d’un paysage, il goûte les Cévennes avec simplicité. Mais l’impression désagréable d’une aventure sans idéal ne m’a pas quittée.

Continuités et évolutions d’un festival montant

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Soucieux de sa qualité artistique, le festival met à l’honneur non seulement des acteurs de l’aventure mais aussi des réalisateurs dont le talent est trop souvent évincé par leurs sujets. La présentation de deux films de G. Chappaz par exemple, m’a permis de faire la distinction entre le sujet et le réalisateur. En effet, après la déception du portrait de Pierre Mazeaud, le film Guides et Cie, a eu vite fait de ré-enchanter les cimes enneigées des Alpes. Ce chamoniard chevronné maîtrise à la perfection son sujet et la beauté des entretiens en témoigne. Le splendide récit qu’il crée sur la compagnie des guides de Chamonix transmettait au plus juste la dureté, la passion, la générosité, qui lient ces hommes et ces femmes à leur massif. Les pertes humaines inscrivent dans la pudeur leur puissante tristesse, la dégradation de l’environnement et ses modifications extrêmement rapides entraînées par le changement climatique ombrent l’image, mais au-delà de ces soucis incessants, la dévotion à la montagne et l’engagement quotidien dominent. On ne frôle pas par hasard, toute sa vie durant, des précipices implacables.

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D’autres pépites m’ont saisi et bien d’autres personnages incroyables ont marqué cette manifestation. Le festival du film d’aventure de La Rochelle est bel et bien indissociable des transformations qu’il occasionne et réserve chaque année son lot de découvertes comme de retrouvailles. Des fils se créent de festival en festival, comme par exemple, la présence renouvelée du photographe animalier Vincent Munier dans l’excellent documentaire, Scandinavie l’appel du nord, de Laurent Joffrion. Là encore ce binôme marque pour moi le climax du festival : inégalable en sensibilité et en qualité cinématographique, unique dans leur approche si juste de la nature. De nouveaux axes apparaissent également, comme l’intérêt grandissant pour le livre, signifié par l’intervention de Vincent Noyoux, auteur de Chers Aventuriers (2013). Ce choix très pertinent a permis au public de s’interroger sur la réalité d’un terme trop peu interrogé, celui d’ « aventurier », de questionner sa définition, ainsi que les visions et les limites qu’il implique. Avec humour et ironie, Vincent Noyoux a enclenché brillamment les cycles littéraires qui, je l’espère, se multiplieront à l’avenir.

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Voir le palmarès complet du festival

Riche de sa diversité et de sa sincérité, le festival a de nouveau rassemblé un public nombreux. Allez courage ! Plus que onze mois avant l’édition suivante …

Site web du festival : http://www.festival-film-aventure.com/

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