Une expédition scientifique française est en route pour le Manaslu à plus de 5000m d’altitude

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Manaslu 2015 : Une expédition scientifique à plus de 5000m d’altitude

Pendant 5 semaines, 5 équipes de recherche internationales vont conduire une expédition scientifique au Népal (organisée par l’association galloise Medex), au cœur de l’Himalaya, proche du sommet du Manaslu (8156 m). La partie française de l’expédition va y mener un projet original sur l’impact cérébral et cardiaque de l’altitude et sur les altérations du sommeil qu’elle induit. Les chercheurs français étudieront également l’intérêt d’un masque spécifique d’amélioration de l’oxygénation pour combattre les symptômes du mal aigu des montagnes (MAM). Pour cela, 50 volontaires les accompagneront dans ce trek à plus de 5000m d’altitude.

Question de Sciences !

Le développement des loisirs, la multiplication des séjours en moyenne et haute altitude pour des personnes parfois peu expérimentées pose la question de l’intolérance à l’altitude. Ces difficultés d’adaptations résultent de mécanismes physiopathologiques associés à la diminution de la disponibilité en oxygène au fur et à mesure que l’on s’élève en altitude.

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Ces pathologies, invalidantes au point d’imposer l’interruption du séjour en altitude, parfois graves voire fatales sont le mal aigu des montagnes (associations de symptômes tels le mal de tête, fatigue, nausées, etc.), l’œdème pulmonaire de haute altitude (lié à une accumulation de liquide dans les poumons pouvant s’avérer grave) et l’œdème cérébral de haute altitude (fuites de liquide dans le cerveau constituant un phénomène particulièrement grave, avec des troubles importants du comportement). Les formes aiguës surviennent chez des personnes peu acclimatées à l’altitude, rapidement après l’exposition (6 h à 4 jours). Les formes foudroyantes surviennent même après acclimatation, à des altitudes supérieures à 5000 mètres. De manière générale, une personne sur deux est touchée par le mal aigu des montagnes au-delà de 4000m, trois sur quatre au-dessus de 5000m.

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A l’heure actuelle, seules deux solutions non-médicamenteuses efficaces existent pour le traitement de ce MAM et de ses conséquences à l’altitude :

  • la redescente immédiate, la plus efficace mais pas toujours aisée sur le terrain (selon la météorologie, la topographie environnante, l’obscurité nocturne, etc.)
  • la seconde est l’utilisation d’un caisson hyperbare quand cette technologie est disponible et maitrisée par les personnes présentes, ce qui est loin d’être systématiquement le cas.

Dans ce contexte, nous avons déjà montré dans notre laboratoire en condition d’altitude simulée, que l’ajout d’un équipement de type masque portatif induisant une résistance à l’expiration permettait de prévenir ou de minimiser les effets délétères de l’altitude. Ce masque pourrait révolutionner la pratique de l’alpinisme en simplifiant le traitement (ou la prévention) de l’intolérance à l’altitude !

Une deuxième question se posera sur l’altération du sommeil en altitude. L’altitude est connue pour profondément perturber le sommeil et provoquer des apnées du sommeil. Dès 2500 m d’altitude, on observe une diminution de l’oxygénation du sang. Le développement de ces troubles s’accompagne également d’une diminution de l’efficacité du sommeil, d’une augmentation du temps d’endormissement, d’une diminution de la durée des phases de sommeil profond ainsi que d’une augmentation importante des éveils intrasommeil. La quantification de ces troubles a longtemps été limitée à l’analyse des oscillations de la saturation artérielle en oxygène.

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Une question n’a cependant à l’heure actuelle pas encore trouvé de réponse claire : les apnées centrales sont-elles un marqueur d’une mauvaise ou d’une bonne adaptation de l’organisme à l’altitude ? Cette question est importante car de grandes différences existent d’un sujet à l’autre en termes d’intensité des perturbations du sommeil induites par une exposition à l’altitude. Il a été récemment montré dans le laboratoire dirigé par Samuel Verges, que des individus qui présentent des symptômes sévères d’intolérance à la haute altitude ont (au cours d’une nuit en altitude simulée en laboratoire) moins d’apnée du sommeil que des individus comparables mais qui eux tolèrent bien la haute altitude. Il reste cependant à l’établir sur le terrain en haute altitude.

Ce sont donc les deux thèmes qui seront étudiés par l’équipe de recherche française, sous la coordination de Samuel Verges, chargé de recherche Inserm au sein de l’Unité 1042 “Hypoxie et physiopathologies cardiovasculaire et respiratoire”. L’équipe est composée de 6 scientifiques et médecins expérimentés ayant tous une expérience de la haute montagne et d’expéditions scientifiques de ce type.

Le déroulement de l’expédition (21 mars – 26 avril 2015)

Tous les participants au trek et à l’ascension du Manaslu se sont prêtés, du 14 au 23 février dernier, à une batterie d’évaluations scientifiques et médicales au niveau de la mer au Pays de Galles (Bangor University). L’ensemble des mesures qui seront effectuées en haute altitude ont été réalisées au niveau de la mer, permettant d’obtenir ainsi les valeurs de référence pour chaque sujet auxquelles seront comparées les mesures de haute altitude.

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Fin mars 2015, 5 groupes de 10 personnes (l’équipe de recherche sera dans le premier groupe) vont partir de Katmandou avec 1 jour d’intervalle chacun. Le trek se déroulera sur 14 jours pour monter jusqu’au camp de base (repéré par une équipe népalaise) à proximité du Larkya Pass (5215m). Arrivés là-haut, il faudra rapidement installer les tentes avec le matériel scientifique nécessaire car les premières évaluations commenceront dès le lendemain matin ! Tous les matins pendant 5 jours, le groupe de personnes arrivées la veille au soir au camp de base passera l’ensemble des examens médicaux et scientifiques. Ces tests seront possibles grâce à des appareils portatifs à la pointe de la technologie médicale et surtout par la présence de panneaux solaires pour permettre l’alimentation électrique du camp.

Pour voir plus loin…

L’étude par les chercheurs des effets du manque d’oxygène sur des organismes sains en haute altitude doit permettre de mieux comprendre les conséquences du manque d’oxygène chez certains patients en plaine, par exemple atteints de pathologies respiratoires. La haute altitude est ainsi un véritable laboratoire à ciel ouvert constituant un modèle original d’étude des capacités et des limites d’adaptation de l’organisme humain.

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L’équipe française

Ils sont tous les 6 passionnés de montagnes, chercheurs ou enseignants-chercheurs et membres d’EXALT (Centre d’Expertise sur l’Altitude, http://www.exalt-association.org/), une association d’experts spécialisés de l’altitude qui organisent régulièrement des protocoles expérimentaux en haute altitude. Ces expéditions conduisent à des avancées scientifiques et médicales majeures en lien avec l’altitude, avec à la clef des publications scientifiques de premier rang ainsi que des communications grands-publics et des actions de formation des professionnels et pratiquants de la haute-montagne.

Responsable d’équipe :

  • Samuel Vergès, Laboratoire Hypoxie Physiopathologie (HP2), Université Grenoble Alpes, Inserm, Grenoble, France.

Collaborateurs scientifiques :

  • Thomas Rupp, UFR CISM – Laboratoire LPE, Université de Savoie, Chambéry, France
  • Guillaume Walther, Laboratoire de Pharm-Ecologie Cardiovasculaire, Université d’Avignon, France
  • Pierre Bouzat, CHU Grenoble et Grenoble Neuroscience Institute, Université Grenoble Alpes, INSERM, Grenoble, France
  • François Estève, CHU Grenoble et Grenoble Neuroscience Institute, Université Grenoble Alpes, Inserm, Grenoble, France
  • Claire Maufrais, Laboratoire Hypoxie Physiopathologie (HP2), Université Grenoble Alpes, Inserm, Grenoble, France.

Le trailer de l’expédition : La science au “coeur” de l’Himalaya

Les 4 autres projets scientifiques internationaux menés dans le cadre du projet MEDEX

MEDEX (www.medex.org.uk) a été créée en 1992 en Grande Bretagne pour encourager des projets d’expéditions scientifiques et médicales. Plusieurs expéditions scientifiques de grandes envergures ont été depuis organisées tous les 4-5 ans, en 1994 sur l’Everest, en 1998 au Kanchejunga, en 2003 en Hongu et en 2008 dans la Hidden Valley. Ces expéditions ont conduit à des avancées scientifiques et médicales majeures en lien avec l’altitude, avec à la clef des publications scientifiques ainsi que des communications grands publics et des actions de formation des professionnels et pratiquants de la haute montagne.

Medex banner

Lors de cette expédition, 4 autres projets scientifiques seront conduits en parallèle des 2 menés par l’équipe de Samuel Verges.

  • Comment faire face au stress pour les travailleurs en altitude –équipe de Sue Paddon (Advanced Personnel Management, Australia-UK)
  • Influence de la préparation physique et mentale sur le succès d’une expédition en haute altitude – équipe de Sam Olivier et Jamie Macdonald (Bangor University
  • Perturbation de la fréquence cardiaque comme indicateur du mal aigu des montagnes ? Jamie Macdonald (Bangor University)
  • Impact des treks sur la santé des personnels Népalais employés pour accompagner les expéditions – Mary Morrell (Impérial College of London)

Pour suivre l’expédition

Facebook : https://www.facebook.com/MEDEXMANASLU
Twitter : @Inserm_EN #Scienceausommet
Be Happix – Montage Vidéo : http://www.behappix.com page « expédition scientifique »

Universités partenaires

 

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Fondateur du site Un Monde d'Aventures, je suis un passionné des grands espaces sauvages et des mondes polaires. J'ai réalisé plusieurs raids autonomes au Groenland et en Laponie. J'aime partager ma passion à travers ce site. Voir tous les articles écrits par François - En savoir plus sur François

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