Sylvain Tesson : “Si je m’en sors, je traverse la France à pied”. Sur les chemins noirs, son nouveau livre

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Le 22 août 2014, Sylvain Tesson était victime d’un traumatisme crânien. Sylvain a voulu faire un peu d’escalade sur une façade de chalet comme il le fait souvent. Et il est mal tombé. Sa situation fut très grave et sérieuse. Plusieurs parties vitales de son corps ont été touchées. Les médecins sont restés très longtemps prudents et réservés. Il s’agissait effectivement d’un grave traumatisme crânien très préoccupant qui l’ont conduit dans un coma artificiel.

est effectivement un amateur de (ou stégophilie), une pratique réservée aux plus téméraires. Il évoque cette passion dans son ouvrage « Petit traité sur l’immensité du monde » en tant que pratiquant au sein de son « cercle d’acrobates » dénommé « le prince des chats ». Il a pratiqué ce loisir avec son compère Alexandre POUSSIN, le coéquipier de ses débuts. A son actif, on lui accorde l’ascension des tours de Notre-Dame et même la Tour Eiffel.

Après avoir subi plusieurs opérations, le 29 août 2014,   sortait du coma et se réveillait enfin. Les séquelles physiques sont sérieux avec une paralysie d’une partie de son visage qui l’handicape beaucoup.

outragé, brisé, martyrisé mais libéré !

5 mois seulement après être sorti du coma suite sa violente chute, l’écrivain-voyageur était de retour pour nous parler de son dernier livre « Berezina« .

Le 2 décembre 2012, soit 200 ans après la retraite de Russie de Napoléon, se lance dans une aventure de 4000 km en roulant en side-car sur les traces de l’empereur. Voir notre article complet sur son aventure

Il était pour cette occasion, dans l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier sur France 2, le samedi 7 février à 23h15, pour nous en parler plus en détail. Vivacité intellectuelle, éloquence seront à coup sûr au rendez-vous. Du Tesson quoi !

Aujourd’hui, c’est un nouveau livre sur sa traversée à pied de la France réalisée entre août et novembre 2015. part à la rencontre d’un pays sauvage, bizarre et méconnu. C’est aussi l’occasion d’une reconquête intérieure après le terrible accident qui a failli lui coûter la vie en août 2014. Le voici donc en route, par les petits chemins que plus personne n’emprunte, en route vers ces vastes territoires non connectés, qui ont miraculeusement échappé aux assauts de l’urbanisme et de la technologie, mais qui apparaissent sous sa plume habités par une vie ardente, turbulente et fascinante.

Extrait du livre

2014. “L’année avait été rude. Je m’étais cassé la gueule d’un toit où je faisais le pitre. J’étais tombé du rebord de la nuit, m’étais écrasé sur la Terre. Il avait suffit de huit mètres pour me briser les côtes, les vertèbres, le crâne. J’étais tombé sur un tas d’os. Je regretterais longtemps cette chute parce que je disposais jusqu’alors d’une machine physique qui m’autorisait à vivre en surchauffe. Pour moi, une noble existence ressemblait aux écrans de contrôle des camions sibériens : tous les voyants d’alerte sont au rouge mais la machine taille sa route. La grande santé ? Elle menait au désastre, j’avais pris cinquante ans en dix mètres. A l’hôpital, tout m’avait souri.

Le système de santé français a ceci de merveilleux qu’il ne vous place jamais devant vos responsabilités. On ne m’avait rien reproché, on m’avait sauvé. La médecine de fine pointe, la sollicitude des infirmières, l’amour de mes proches, la lecture de Villon-le-punk, tout cela m’avait soigné. Un arbre par la fenêtre m’avait insufflé sa joie vibrante et quatre mois plus tard j’étais dehors, bancal, le corps en peine, avec le sang d’un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme. La vie allait moins swinguer. Il fallait à présent me montrer fidèle au serment de mes nuits de pitié. Corseté dans un lit étroit, je m’étais dit à voix presque haute : “si je m’en sors, je traverse la France à pied”. Je m’étais vu sur les chemins de pierre !

Je voulais m’en aller par les chemins cachés, flanqués de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il existait encore une géographie de traverse pour peu que l’on lise les cartes, que l’on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l’aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Des motifs pour courir la campagne, j’aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j’avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan- Bator et Valparaiso et qu’il était absurde de connaître Samarcande alors qu’il y avait l’Indre- et-Loire. Mais la vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d’un papier froissé, au fond de mon sac…”.

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était présent du 6 au 9 octobre 2016 à la 25e édition des Ecrans de l’Aventure, le festival international du film d’aventure de Dijon. Il y présentait son film “6 mois de cabane au Baikal“.

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Il était également président du jury du livre pour sélectionner la Toison d’Or du livre d’aventure vécue 2016. L’occasion pour lui de parler de son nouveau livre.

Biographie de l’auteur

Écrivain, journaliste et grand voyageur, est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l’Asie centrale, qu’il parcourt inlassablement depuis 1997. Aventurier et écrivain, président de la Guilde européenne du Raid, il est l’auteur de nombreux essais et récits de voyage. Il s’est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L’axe du loup (Robert Laffont). De lui, les Éditions Gallimard ont déjà publié un recueil de nouvelles, Une vie à coucher dehors (collection blanche, 2009, Folio n° 5142) s’inspirant de ses pérégrinations, reportages et documentaires, et qui a reçu le prix Goncourt de la nouvelle 2009.  Et, avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis, Haute tension (Hors série Connaissance, 2009).

Il existe une biographie consacrée à , et réalisée avec sa participation (avec quelques textes inédits) : Sur la route bleue avec Sylvain Tesson, par L. Bedin, P. Grimault et S. Victor, éditions Livres du monde (2010). Dans les forêts de Sibérie a été couronné par le prix Médicis essai 2011 et Berezina par le prix des Hussards 2015.

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