5 000 km des cols des Tian Shan au Japon sur les traces de Gengis Khan

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Gengis Khan

Dans l’ombre de Gengis Khan

10712944_10204593986830177_1002663176961551799_n[1]Fasciné par les épopées guerrières, Julien Peltier, part après avoir résilié son bail et démissionné, sur les traces de Gengis Khan, fondateur de l’empire mongol au XIIIème siècle qui a dévasté par la guerre de nombreuses régions d’Asie. Personnage faisant l’objet d’un véritable culte dans certaine régions, barbare sanguinaire pour d’autres où il a semé la destruction. L’auteur part notamment à la rencontre des peuples issus du nomadisme pastoral, avec des expériences plus ou moins heureuses, et fait le rapprochement entre les différents sites les conflits et invasions qui ont marqué la région. Il en profite pour compléter sa collection d’armes blanches. Pendant près de 9 mois, il parcourt ainsi, avec sa femme Isabelle, 5 000 km des cols des Tian Shan au Japon, en passant par les steppes de la Mongolie, Pékin et la Corée, à la recherche des signes du passage de Gengis Khan.

L’Asie centrale, au cœur du métissage euroasiatique

Ouzbeks, Kazakhs et Kirghizes se caractérisent avant tout par le propre sentiment d’appartenance à une communauté plutôt qu’à un Etat. L’auteur nous fait part de ses observations, de l’hospitalité de ceux qu’il a rencontrés à l’occidentalisation des modes de vies, en passant par l’influence soviétique.

  • « Sherzod fait partie de mes « amis » sur un célèbre réseau social. Bien souvent, ça ne veut pas dire grand-chose. Mais maintenant que nous sommes attablés à la terrasse du café surplombant l’un des bazars de la ville, à converser tranquillement de nos pays respectifs, de leurs liens et de leurs différences, on se prend à regarder cet outil, et Internet de manière générale, sous un jour nouveau. Quelle révolution également pour le voyageur ! »

  • «Au début de la matinée, nous sommes six à nous lancer à l’assaut des 3 600 mètres du pic Furmanov. Pour nous, ce programme constitue un entraînement idéal avant de passer au vertigineux Kirghizistan. Rapidement, le peloton se scinde en trois groupes, selon l’allure de chacun. Je suis dans celui de tête. Le chemin s’élève, la pente ne cesse de s’accentuer. A mesure que nous prenons de l’altitude, les forêts de sapins se clairsement au profit des alpages, les bosquets fleuris cèdent la place aux amas de rochers. Au-delà des 2 500 mètres, les plaques de neige se multiplient. Parfois je dois franchir d‘abrupts éboulis en m’aidant de mes mains, tant le dénivelé est prononcé. Tout le monde sue à grosses gouttes. Cinq heures d’ascension éprouvante plus tard, nous atteignons enfin la cime du Furmanovka, petit frère du colosse. »

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Camp de yourtes aux environs de Batshireet. Crédits Photos : Julien Peltier

L’Ouest et le Nord de la Chine, sur les marches de l’empire du milieu

Provinces autonomes du Xingjiang, province du Gansu, province du Shaanxi, région autonome de la Mongolie intérieure. La route de la Soie, jusqu’à Xian, est devenue celle de l’or noir. A travers son journal, l’auteur évoque au fil de ses découvertes les différentes facettes de cette région : la place de l’enfant privilégiée liée à la politique de l’enfant unique, l’Histoire de la dynastie des Han, les œufs de 100 ans, les monastères et temples, les « toilettes » publics, les soldats de terre cuite, la pollution et la corruption.

  • « Le monastère, qui abrite plusieurs reliques de valeur, est l’un des plus importants du pays. Entre 100 et 15000 moines y habitent en permanence, la moitié du village étant occupée par leurs résidences. Celles-ci tiennent davantage de la maisonnette cossue que de la cellule austère de nos contrées. Une odeur persistante de yack imprègne les lieux, et pour cause : il s’agit de l’offrande votive la plus répandue. A l’aide de cette singulière matière première, les novices réalisent même d’étonnantes sculptures, conservées dans un temple pourvu d’un climatiseur. »

  • «LA cuisine chinoise, c’est une vue d’esprit. Il vaudrait mieux parler d’une multitude de cuisines, qui varient selon les régions, les peuples et l’histoire locale des provinces qui composent cet immense empire. Le Nord et ses champs de blé sont le pays des nouilles, le Sud humide appartient aux riziculteurs. Entre Turcs et Mongols des marches du Nord-Ouest, amateurs de viande de mouton, et citadins du Sud-Est, capables de manger à peu près n’importe quoi, la Chine dévoile un océan de saveurs diverses. »

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Gengis Khan et ses capitaines veillent sur l’entrée du parlement mongol, à Oulan-Bator. Crédits Photos : Julien Peltier

La Mongolie et le Nord Est de la Chine

Mongolie, Beijing, Province du Hebei, province du Liaoning. L’auteur nous donne un petit aperçu de la Mongolie avec la production de laine de cachemire, les steppes et les yourtes mongoles, les troupeaux de yacks mais aussi les effets de l’exode rural. Il nous décrit la Chine via Pékin – dont l’emplacement entre la Mongolie et les plaines agricoles chinoises est depuis longtemps stratégique – telle qu’il l’a découvre avec pêle-mêle la fascination pour les pandas, le jeu de go, le bruit incessant, la Grande Muraille, l’univers carcéral chinois, le manque de respect du code de la route, la colonisation nippone et le boom immobilier.

  • « Au loin, un rideau de pluie s’étire sur les montagnes de Khangaï, le principal massif de 4 000 mètres d’altitude. L’après-midi est déjà bien avancé lorsque nous faisons halte au canyon de la Chuluut, une profonde gorge creusée par la rivière du même nom dans la riche basaltique. Aigles et busards décrivent des cercles menaçants sous un manteau de nuages bleutés. Nous venons de pénétrer dans le parc national de Khorgo, réputé être l’un des plus beaux du pays. Encore une bonne heure à cahoter sur de mauvais chemins striés de ravines, et nous descendons enfin du fourgon afin de gravir les pentes sombres du volcan. Depuis la corniche qui fait le tour du cratère, ma vue embrasse la vaste lande rocailleuse au centre de laquelle s’étend le superbe « lac Blanc ».

  • «Au-delà d’un fortin en nid d’aigle, une section de rempart non restaurée s’accroche à la falaise en grimpant au sommet de la montagne. Combien d’hommes sont morts pour bâtir ce mur-là, au pied duquel seule une chèvre oserait s’aventurer ? A ces altitudes improbables, la muraille quitte le domaine de l’architecture militaire pour celui de la déraison. Elle devient obsession compulsive de tracer des limites illusoires. »

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C’est peut-être à Binder que Temüjin devint le Grand Khan. La bourgade revendique également d’être son lieu de naissance. Crédits Photos : Julien Peltier

La Corée du Sud et le Japon méridional, l’érable et le cerisier

Deux pays très différents. L’auteur évoque la diversité de la Corée – dont il est tombé sous le charme – avec l’approche de la médecine asiatique, le développement économique foudroyant, le jeu de baduk, le chamanisme et la place de la religion, le Toilet Culture Movement, la xénophobie, la K Pop…  Au Japon – pays des cerisiers et des samouraïs – il retient notamment la politesse, les petites attentions de Japonais, mais également l’obsession pour l’hygiène, le bento, la taille des voiture, les daims sacrés, le kawaï et la robotique.

  • « La lumière dorée de l’automne, les ginkos jaunissant, les toits incurvés et les boiseries claires peignent un somptueux tableau de la capitale d’autrefois, tandis qu’en toile de fond la Tour de Séoul et les buildings de verre viennent se télescoper contre ce premier plan hors du temps. L’expression a beau été galvaudée, cette ville se tient bien à la croisée des chemins, entre tradition et modernité. »

  • « Ici, il est interdit d’abattre le moindre arbre, en vertu des préceptes bouddhiques et shintoïstes qui ont produit un syncrétisme unique, qu’un étranger pétri de culture monothéiste a le plus grand mal à appréhender. Ici, les déités bouddhiques cohabitent en bonne intelligence avec les kami : des ancêtres, lieux ou objets divinisés dont il serait virtuellement impossible de dresser la liste exhaustive, et qui ont valu au Japon son second surnom de « pays des Milles-Dieux ».

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Le minaret Kalon, à Boukhara en Ouzbékistan, que Gengis Khan aurait épargné lorsqu’il rasa la ville. Crédits Photos : Julien Peltier
Au début de chaque chapitre, des cartes retracent l’itinéraire suivi par l’auteur, avec pour fil rouge la conquête de Gengis Khan.

Ce livre nous donne un aperçu des pays traversés à travers avec la description des paysages, des musées et des édifices, des rappels historiques ainsi que la richesse de ses rencontres. Il nous apporte également éclairage sur les différences culturelles à travers les spécialités culinaires, les légendes ou encore la place de la femme dans ces régions. Tout au long de leur voyage, ils doivent d’ailleurs faire face aux interrogations de leurs hôtes sur le fait qu’ils n’aient pas d’enfant à l’approche de la trentaine.

L’auteur nous fait part enfin de ce que cet itinéraire lui a apporté et nous incite à réfléchir sur notre quotidien.

  • « Ma vie comprimée dans un sac à dos, devenue au fil des mois comme une nouvelle et singulière routine, ne s’effacera pas tout de suite. Car la fin du voyage marque aussi le début d’une autre aventure. Si je suis de retour, je suis surtout sans domicile fixe, sans travail. Libre, certes, mais de quoi, au juste ? ».

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Eve

Passionnée de livres et de photos. Privilégie la marche pour (re)découvrir les régions de la France : les endroits incontournables mais également les petits villages, les lieux chargés d'histoire... Admire les aventuriers en herbe et les explorateurs confirmés. Voir tous les articles écrits par Eve

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